Avec autant d’absences, on pouvait se douter que l’EuroBasket serait compliqué pour les Belgian Lions. Et effectivement, il l’a été. Un seul petit succès, tiré par les cheveux, contre l’Islande. C’est tout. Ce succès, on le doit à la bonne gestion de Dario Gjergja qui a permis à l’équipe de terminer le match avec le cinq de base, et aussi à quelques faits de jeu qui nous ont été favorables dans le money-time. Comme cette violation de cinq secondes qui a été sifflée sur une remise en jeu islandaise, et qui nous a rendu le ballon. Ou encore, un ballon donné dans un premier temps à l’Islande mais qui, après un head coach challenge, nous est revenu. Menés, les Islandais ont été obligés de commettre la faute, et heureusement, Manu Lecomte s’est montré infaillible à la ligne des lancers-francs : 100%. On n’ose même pas affirmer que ce succès était mérité, car les Islandais, qui disputaient seulement leur troisième Euro (ils avaient terminé 24e et derniers lors des deux précédents), se sont montrés vaillants.Dans les autres matches, les Belgian Lions n’ont fait que de la figuration. Jamais ils n’ont poussé la France, la Slovénie ou Israël dans leurs derniers retranchements.
Finalement, les Belgian Lions ont terminé leur EuroBasket sur une bonne note : par une victoire 69-70 contre la Pologne. L’élimination actée par la victoire de la Slovénie contre l’Islande, deux jours plus tôt, ils ont pu entamer cette dernière rencontre sans aucune pression. Et c’est alors qu’ils ont montré leur meilleur basket.
En fait, leur ‘libération’ a commencé lors du quatrième quart-temps contre Israël. Ils étaient menés d’une quinzaine de points et n’avaient plus rien à perdre. Ils ont alors osé prendre des tirs, faire circuler le ballon et malmener une équipe israélienne qui ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait, pour échouer à 92-89 après avoir inscrit 35 points dans leur dernier quart-temps.
Contre la Pologne, qui avait parfois été impressionnante lors des matches précédents, ils ont maitrisé toute la rencontre (à l’exception de 33 secondes où l’on s’est pris un 10-0 après deux fautes antisportives et les lancers-francs qui s’en sont suivis) et ont su garder leur sang-froid dans le money-time pour gagner sur une pénétration de Manu Lecomte à quatre secondes de la fin.
Pourquoi n’ont-ils pas montré ce visage-là lors des trois premières rencontres ? Probablement parce que 7 des 12 joueurs étaient nouveaux dans un Championnat d’Europe et se sont laissés envahir par le stress. Au début du tournoi, SiebeLedegen osait à peine demander le ballon et encore moins prendre un tir. Contre Israël, il était en mouvement et se démarquait sans cesse, pour inscrire 14 points en tentant sa chance chaque fois qu’il le pouvait. Niels Van den Eynde, son coéquipier d’Alost, a aussi grandi au fil du tournoi, tout comme Joppe Mennes.
Certains observateurs ont reproché un manque de motivationaux Belgian Lions. Ce n’est sans doute pas le mot qui convient. Mais ils ont sans doute, par moments, baissé les brasen se sentant impuissants face à la France, en se voyant malmenés par la ‘petite’ Islande et en se disant qu’un Luka Doncic évoluait sur une autre planète qu’eux. Lorsqu’ils ont dompté le contexte, ils ont retrouvé leur basket.
Les Belgian Lions terminent donc leur compétition avec deux victoires. Parfois, cela suffit pour se qualifier, mais l’une deces victoires aurait dû être conquise contre la Slovénie ou Israël plutôt que contre la Pologne.
Les Belgian Lions ne verront pas Riga. Faut-il s’en étonner ? Face à la star Luka Doncic, il y avait par moments deux joueurs de l’Okapi Alost, 10e équipe belge de BNXT League. Niels Van den Eynde et Siebe Ledegen ont fait de leur mieux, et ont d’ailleurs grandi au fil du tournoi au fur et à mesure qu’ils se libéraient du stress d’une première grande compétition (7 des 12 Belgian Lions étaient des débutants à ce niveau), mais cela souligne le déséquilibre des forces en présence. Manu Lecomte a parfois forcé, parce qu’il ne trouvait pas de solution autour de lui, et à distance, on a pu compter sur Andy Van Vliet et Jean-Marc Mwema de manière sporadique, mais ce n’était pas suffisant.
Rayon médias, si Sporza était présent avec Carl Berteele et Rik Samaey, aucune chaîne publique francophone n’a retransmis le tournoi. RTL l’avait envisagé, mais s’est vu refuser les droits deux jours avant le début de la compétition. Quant à la RTBF, elle a fait une croix sur le basket masculin belge. Elle préfère, au nom de l’audience, diffuser les sports moteurs…
Sur place, les Belgian Lions n’étaient soutenus que par une poignée de supporters. C’était, de loin, l’équipe qui déplaçait le moins de monde. La France, étonnamment, comptait peu de supporters également. Les contingents les plus nombreux, hormis les Polonais, étaient les Islandais et les Israéliens. L’équipe d’Islande, une île qui compte moins de 400.000 habitants, était soutenue à chaque match par plus de 2.000 supporters bien en voix.
La prochaine échéance pour les Belgian Lions, à l’EuroBasket, c’est en 2029. C’est loin. La FIBA a, en effet, décidé d’organiser le Championnat d’Europe tous les quatre ans. Avant, il y aura la Coupe du Monde, organisée au Qatar en 2027, mais dans l’état actuel, espérer une qualification belge semble illusoire. Tentera-t-on le coup avec Dario Gjergja ? Ce n’est pas une certitude.
A part cela, que faut-il retenir de cette première semaine de tournoi ? A Katowice, le public n’avait d’yeux que pour Luka Doncic. Un formidable joueur, certes, mais sa présence ne bénéficie pas nécessairement au collectif slovène. Car le bonhomme fait tout : il marque, il dévire des assists, il prend des rebonds. C’est du basket NBA, où l’individu prime. Parfois, on se demandait ce qui était le plus important : les statistiques de Luka Doncic ou la victoire éventuelle de la Slovénie ? Contre la Pologne et la France, les deux premiers matches, il a frôlé les 40 points mais la Slovénie a perdu. Contre la Belgique, le troisième match, il a réalisé un triple-double (26 points, 10 assists, 10 rebonds), mais le mouvement collectif le plus abouti a été réussi lorsqu’il était sur le banc. Là, le ballon a circulé entre tous les joueurs slovènes pour finalement aboutir chez le joueur isolé sous l’anneau. Ce basket en mouvement, on ne le voyait jamais lorsque Luka Doncic était sur le terrain. Alors oui, il délivre des assists. Mais, la plupart du temps, après avoir monopolisé le ballon pendant 18 ou 20 secondes.
Le meilleur marqueur de la Pologne s’appelle Jordan Loyd. Pas vraiment un patronyme à consonnance polonaise, vous l’avouerez. Il faut arrêter avec ces naturalisations abusives. On n’est pas certain que le joueur soit capable de prononcer trois mots en polonais. Il n’a été naturalisé qu’au début de l’été. Avant cela, il a joué à Monaco et a été champion NBA avec Toronto en 2019. D’ailleurs, lorsqu’il se retrouvait à la ligne des lancers-francs, le public scandait : USA !
A Katowice, chaque équipe, hormis la France, comptait un ancien joueur du championnat de Belgique dans ses rangs : le Polonais Mateusz Ponitka a joué à Ostende sous la direction de Dario Gjergja, l’Israélien (naturalisé) Khadeen Carrington a évolué à Limburg United en 2018, le Slovène Leon Stergar a porté le maillot de Mons et de Courtrai, et l’Islandais StymirThrastarsson a également porté le maillot de Mons.
Deni Avdija, le leader de l’équipe israélienne, est le coéquipier de Toumani Camara aux Portland Trailblazers. Pourquoi lui est-il présent et notre compatriote pas ? Bonne question. Peut-être parce que l’Israélien est déjà une valeur affirmée en NBA alors que Toumani Camara doit encore le devenir.
Sur la large avenue qui mène au Spodek, la grande arène sportive de Katowice, une sorte de Hall of Fame a été érigé. Des plaques ont été posées au sol, comme à Hollywood, sur lesquelles des personnalités ont apposé leurs empreintes. L’un de ces plaques porte le nom de… Vital Heynen, un entraîneur belge de volley qui a été élu Entraîneur de l’Année lors du Gala du Sport en Pologne en 2018, après avoir remporté la médaille d’or au championnat du monde à Turin.
Daniel Devos